Le pianiste ou le voyageur solitaire

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Quelques réflexions sur la vie de pianiste…

Je suis actuellement à Cologne où je suis venue pour quelques cours avec Pavel Gililov, mon professeur à Salzbourg qui enseigne parallèlement dans ces deux villes.

C’est une belle métropole, sûrement riche en activités des plus énivrantes:  parcs, monuments, musées à foison, des Brauhaus (bars à bière), restaurants et clubs  à chaque coin de rue… il n’y vraiment pas de quoi s’ennuyer. Mais je suis dans ma chambre, avec Internet, qui durant les premières heures de mon séjour ne fonctionnait pas, ce qui a bien failli me faire commettre un geste fatal !

Si je ne connais personne dans cette ville, comment pourrais je bien profiter correctement de la vie nocturne d’un samedi soir?

Je ne suis pas ici pour le tourisme mais pour recevoir des cours, donc il est logique que pendant la journée j’accomplisse les heures indispensables devant l’autre clavier : j e ne peux donc pas aller flaner au musée, à la cathédrale ou dans les 12 églises romanes qu’offre cette ville, mon activité ne me le permet pas. Par contre le soir serait un bon moment pour se détendre, pour sortir… toute seule ?  Mon seul compagnon de voyage est ce bon vieux Frédéric ( Chopin ) ! Heureusement qu’il est là dès que j’ai besoin de conversation spirituelle…
Cette petite experience m’a fait penser à une remarque qu’avait fait il y a de nombreuses années François-René Duchable au tout début d’une master-classe, en accueillant les élèves: « Vous voulez tous être pianistes concertistes? Laissez tomber, c’est déprimant ».
Mais c’est la triste réalité quand on y songe: non seulement il faut s’exercer tout seul devant son piano 6 à 8 heures par jour, mais une tournée de concerts, cela signifie un avion tout les deux jours, le même concerto ou les mêmes oeuvres à répéter 10 ou 20 fois, et satisfait ou non du concert, on le célèbre de toutes manières tout seul dans sa chambre d’hôtel.
Et quand je pense au nombre de jeunes pianistes qui rêvent de cette vie! Bien sur, jouer le 2ème concerto de Brahms avec la Philarmonie de Berlin doit être une experience intense et somptueuse, mais c’est le résultat d’un sacrifice bien plus difficile que les heures d’études.

Si la vie sociale est compliquée, alors je ne parle pas de la vie de famille…

Ces pauvres ermites que sont les pianites doivent donc trouver un réconfort à leur manière, et j’imagine que l’inspiration leur vient de ces sentiments si bien représentés par nos chers compositeurs: la fatalité de Beethoven, le « Wanderer » solitaire de Schubert, la schizophrénie de Schumann, la nostalgie et le mal du pays de Chopin, la fierté de Liszt (sentiment fort répandu chez les pianistes), la mélancolie de Brahms, et je ne parle pas de nos chers russes Rachmaninoff et Scriabine et Tchaikovsky dont l’âme slave est par définition pathétique.

Sans doute  la condition de pianiste concertiste n’ existe-t-elle   que pour que quelqu’un au monde arrive à tous mieux les comprendre…

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