Arrangements et transcriptions

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Cette année notre Duo a été invité à la soirée de Gala du Cercle Musical de Cannes en septembre pour un concert bien particulier: ce devait être des oeuvres de caractère espagnol.

Cela parait facile à concevoir, mais il nous a quand même fallu plusieurs jours pour décider d’un programme intéressant, et de nombreuses heures de travail pour en terminer la préparation.  Bien sûr, nous avions le choix dans le répertoire orchestral dont il existe des transcriptions pour piano à quatre mains: España de Chabrier, le Cappricio Espagnol de Rimski-Korsakov ou la Jota Aragonese de Glinka. Une bonne option, mais aucun compositeur vraiment espagnol au programme! Et quand on se tourne vers De Falla ou Albeniz, par contre, il n’y a que la Pavana-Capricho d’Albeniz, qui ne représente pas particulièrement le folklore et les danses ibériques. Pour réussir un programme un peu plus exotique, nous n’avions pas d’autre alternative que d’arranger nous même les oeuvres les plus typiques: la Danse du Feu de De Falla et 4 extraits de la Suite Espagnole d’Albeniz (Granada, Sevilla, Cadiz et Asturias).
Nous n’avions jamais arrangé si sérieusement ni l’un ni l’autre et il fallait donc se jeter à l’eau devant une feuille de papier blanche pleine de promesses… mais aussi de doutes.

La Danse du Feu  n’était  pas la tâche la plus difficile, puisqu’il existe la version pour piano seul, mais l’original est pour orchestre. Le plus logique était donc d’utiliser la partition pour piano seul comme base et profiter des possibilités du piano à quatre mains en l’enrichissement des voix de divers instruments de l’orchestre.
Je n’avais pas la partition d’orchestre et ne l’ai pas achetée, pensant qu’il était plus spontané et plus exact au plan auditif de me baser sur un enregistrement: je pouvais ainsi retranscrire au piano les voix qui ressortent le plus à l’oreille. Grâce à la technologie moderne, j’étais donc au piano devant ma partition avec mon Iphone et un enregistrement de Daniel Barenboim sur Youtube, que je pouvais arrêter et repasser à loisir afin d’être le plus exacte possible. Il fallait également respecter le timbre de chaque instrument, ce qui n’est possible au piano qu’en changeant de nuance, mais aussi de registre. Dans le cas du quatre mains, il faut d’ailleurs savoir profiter de la richesse de l’ambitus du piano, c’est à dire rajouter ou enlever des octaves selon la dynamique ou de l’intensité de la version orchestrale afin de l’imiter.

Pour Albeniz, le problème était différent, puisque ce sont 4 oeuvres pour piano à 2 mains, et bien sûr nous ne pouvions pas nous contenter de les retranscrire sur une partition pour quatre mains: ce serait trop simple et aurait sonné un peu « maigre » pour autant de doigts! Se limiter à écrire certaines voix comme la mélodie à l’octave était aussi un peu primitif. Il fallait donc nous lancer, et oser enrichir le texte, ce qui équivaut pratiquement à réaliser une orchestration. Le plus commode au départ était de développer les harmonies (par exemple, les tierces et sixtes sont toujours utiles si elles sont bien placées), puis éventuellement rajouter des voix rythmiques en se basant sur les accords, mais bien sur sans jamais modifier la mélodie principale. Comme notre travail était d’écrire un arrangement et non une paraphrase, nous devions avant tout prendre soin de respecter le caractère des oeuvres sans les transformer en morceaux de bravoure à quatre mains, ce qui aurait été une insulte à Albeniz dont la musique est certes typiquement espagnole et brillante mais jamais superficielle!

Bref, ce travail intense nous a appris énormément sur cette technique. L’avantage était également qu’après tant d’heures consacrées à ces oeuvres, nous les connaissions sur le bout des doigts (dans les 2 sens du termes, pour des pianistes! :) ), et cela nous a ouvert la porte sur un monde que nous connaissions que bien peu, celui de l’écriture. Malgré les heures passées à composer les devoirs d’harmonie, il y a quand même une différence quand cela doit être interpreté en public. Et maintenant que nous avons pénétré dans l’univers si intéressant de la transcription, notre seule envie est de continuer!!

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  1. Claudine Verdier
    nov 15, 2010 @ 21:45:14

    un joli souvenir pour un séjour et un voyage mouvementés, c’est le moins qu’on puisse dire :)

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