La semaine folle de Justine Domisol

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Quand j’étais petite, j’aimais beaucoup lire et relire une histoire pour enfant qui s’appelle  « La semaine folle de Carole Domisol », sans doute parce que je jouais déjà du piano et son nom était très musical, et d’autre part car j’étais déjà un peu sadique et aimait rire des mésaventures des autres.

Mais Carole s’est vengée de ma méchanceté et a sans doute voulu me faire vivre ce dont je ricanais à l’âge insouciant des Disney Parades et autres poupées Barbies. Ce mois d’avril dernier m’a donné mon compte d’aventures et péripéties.

Je me rendais à Varsovie pour les éliminatoires du Concours Chopin et je suis d’abord passée par Cologne où je devais faire le point avec mon professeur, Pavel Gililov. Je suis arrivée là-bas le 10 avril et dans le taxi qui me conduisait de l’aéroport à mon hôtel, je crois entendre aux informations allemandes que M.Jasinski  est décédé. Sur le moment, j’ai eu un coup au coeur : le président du jury du concours Chopin est mort !!! mais aussi, pourquoi en parler aux informations allemandes ! … j’avais seulement mal compris et confondu avec le nom du Président polonais, disparu dans l’accident de Smolensk.

Devant être à Varsovie du 12 au 17 avril, j’anticipais déjà une semaine  » pas comme les autres »… mais j’étais loin de m’imaginer ce qui nous attendait :)

Je suis donc arrivée de Cologne dans l’après midi du 12 avril, à l’aéroport de Varsovie j’ai trouvé le comité d’accueil du Concours Chopin, qui m’a indiqué quel bus je devais prendre pour me rendre à l’hôtel. La machine qui vendait les tickets ne fonctionnant pas, je pensais acheter mon ticket dans le bus, mais le conducteur ne parlait pas anglais et m’a gentiment invité à aller me faire voir ailleurs… heureusement un passager est venu à mon secours et m’a acheté le ticket, nous avons donc commencé à parler durant le trajet et j’ai découvert que ce généreux jeune homme était également pianiste amateur et avait suivi des cours il y a quelques années avec le Prof. Leigraf, professeur au Mozarteum de Salzbourg. Que le monde est petit!

Je suis donc arrivée à l’hôtel sans problème, me suis installée et mes deux premiers jours furent calme, à part le stress du concours bien sûr. L’organisation était parfaite, je pouvais bien travailler, les pianos d’étude à l’Académie Chopin étaient excellents. Puis, la veille du jour J, ma mère devait venir à Varsovie en début de soirée, nous avions prévu avec mes grands parents (qui étaient également venus me soutenir depuis Paris) d’aller dîner tous ensembles à son arrivée. Son avion avait un peu de retard et elle a du se précipiter pour nous rejoindre… et oublier son ordinateur portable dans le taxi. Elle s’en est rendu compte en rentrant à l’hôtel, et il était naturellement trop tard pour essayer de le retrouver, mais comme par hasard et par chance elle avait gardé la facture de son trajet, donc elle a pu dormir plus ou moins tranquille et essayer de retrouver le taxi en question le lendemain. Ce qu’elle a par miracle réussit à faire, mais en passant sa matinée à visiter Varsovie, la facture ne la renseignait que sur l’adresse du Taxi où vivait la mère de celui-ci, et elle a donc du faire des kilomètres pour retrouver son portable! Enfin, plus de peur que de mal.

Ce jour-là, j’étais un peu sur une autre planète car je devais jouer vers 18h, mais j’ai tout de même entendu parler d’un volcan islandais qui s’était soudain réveillé de sa longue hibernation… mais comme cela ne perturbait que le trafic aérien en Islande dans les pays nordiques et lointains, je ne voyais pas particulièrement en quoi cela pourrait nous toucher. Tout de même, le soir au dîner, ma mère qui devait rentrer le lendemain m’a signalé que les aéroports parisiens étaient en train de fermer, mais cela fut comme une bonne nouvelle autour d’un verre de vin car mes grands parents et moi devions rester un jour de plus pour visiter la maison de Chopin à Zelazowa Wola qui malheureusement étaient fermée à cause du deuil national. Au moins, ma mère pourrait visiter un peu le centre de Varsovie avec nous et profiter de son soi-disant court séjour dans la capitale polonaise.

Le lendemain, je pouvais donc me détendre un peu en famille et nous avons passé l’après midi dans la vieille ville, qui était en partie fermée pour les cérémonies reliées à la catastrophe de Smolensk, il y avait des milliers de polonais dans les rues du centre ville, certains pleuraient ou venaient déposer des fleurs sur le tombeau présidentiel. L’ambiance durant cette semaine à Varsovie était très sombre et c’était vraiment émouvant de voir un peuple si attaché à son président et toutes les victimes de l’accident.
Nous avons dû donc contourner la foule et marcher des kilomètres pour pouvoir rentrer à l’hôtel. Je commençais à m’inquiéter un peu concernant mon futur proche puisque apparemment l’aéroport de Varsovie avait dû fermer, et mon avion devait partir le lendemain…

Mes grands parents partaient le samedi matin vers 9h car ils avaient de longues heures de route jusqu’à Paris, et malheureusement n’avaient pas de place dans la voiture pour nous. Nous avons donc pris le petit déjeuner tous ensembles, puis dès qu’ils sont partis nous nous sommes précipitées à la compagnie aérienne LOT (heureusement à 500 mètres de l’hôtel et en face de la gare!) pour en savoir plus sur notre départ. Ou plutôt notre séjour, car après avoir du nous réenregistrer sur des avions qui ne partaient pas avant le mardi, ce qui nous semblait vraiment trop tard, nous avons du attendre 2 heures de queue à la gare pour nous entendre dire qu’il n’y avait aucune place disponible avant le lundi soir pour aller à Cologne. Paris nous semblait tout à coup être au bout du monde… Nous avons donc renoncé et avons décidé de voir ou le destin nous mènerait, en ayant toujours l’espoir de trouver une solution plus pratique. La première chose à faire était de confirmer à l’hôtel que l’on gardait notre chambre, car vu le monde qui affluait dans toute l’Europe à la recherche de logement pour la nuit, il valait mieux rester sur nos gardes! Ensuite nous avons trouvé un charmant restaurant italien avec une carte d’une impressionnante variété en salades de tout genres, nous en sommes d’ailleurs devenues de fidèles clientes pour les jours à suivre. Il fallait aussi nous procurer des dessous, puis nous sommes allées écouter les autres candidats du concours pour passer le temps.  Le soir, nous avons rejoins le groupe d’organisation du concours et quelques candidats qui étaient dans notre cas pour découvrir la vie nocturne intense de Varsovie. J’ai ainsi fait la dégustation d’une spécialité polonaise, qui s’appelle « le drapeau » puisque le mélange en question a la couleur du drapeau polonais (blanc-rouge): vodka, tabasco et concentré de framboise.
Le réveil fut plutot difficile le lendemain, j’étais rentrée vers 4h du matin et ma mère se leva vers 7h pour commencer une journée de recherches de trains et  possibilités de nous sortir de cette situation peu confortable. Après de longues heures de patience sur des sites internet qui ne fonctionnaient plus pour cause d’affluence, elle a réussi à nous dénicher des billets de train. Quelle joie! Nous allions enfin pouvoir nous enfuir et rejoindre Paris en passant par Berlin et Cologne. Beaucoup d’heures de train en perspective…
Nous sommes donc parties le lendemain matin à Berlin, ou nous avons pris un autre train pour rejoindre Cologne ou nous avions réservé un hôtel pour passer la nuit. Ma mère avait bien précisé à l’hôtel que nous allions arriver tard, mais il fallait bien que les choses suivent leurs cours et que notre malchance continue: notre chambre n’étaient plus libre, la réception n’ayant pas pris note de notre arrivée tardive. Il était 23h et nous avions voyagé depuis 8h du matin! Je nous voyais déjà dormir dans le hall de la gare de Cologne au milieu des alcooliques, quand le réceptionniste a réussi à nous trouver une chambre dans l’hôtel voisin.
Le lendemain, nous avions notre train pour Paris dans l’après midi, je m’inquiètais tout de même de mon retour en Espagne et j’ai passé la matinée à m’énerver sur l’ordinateur sur des sites de réservations qui ne fonctionnaient jamais. Mon seul moyen à ce moment là pour rejoindre Séville était le bus partant de Paris. 26 heures de bus. Malgré tout, j’ai quand même réservé une place pour le jeudi, c’était mieux que d’attendre le prochain train qui ne partait pas avant la semaine d’après!

Pendant que l’on rentrait à Paris dans un Thalys très accueillant (repas gratuit et couverture wifi dans tout le train, quel luxe), mon grand-père nous a annoncé le miracle de la semaine: le premier AVION pour l’espagne partait le lendemain! Je n’arrivais même pas à y croire et j’étais même sure de devoir rentrer de l’aéroport après avoir attendu quatre heures pour m’entendre dire que les conditions n’étaient toujours pas favorables, que la compagnie aérienne s’excusait et qu’il fallait refaire la réservation.

J’ai quand même eu beaucoup de chance, et j’ai réussi à rejoindre Séville après 4 jours de voyage.

Depuis cette experience, j’ai réalisé à quel point notre civilisation dépend de la technologie. Mais je me demande toujours comment l’humanité a pu survivre tant de siècles sans avions?

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