Premier travail! :)

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Le 3 novembre dernier, j’ai été engagée après audition (pour laquelle j’avais préparé des extraits de la Bohème de Puccini, de Salomé et Rosenkavalier de Strauss) par le chef d’orchestre et directeur artistique Pedro Halffter pour travailler en tant que pianiste accompagnatrice à l’Opera La Maestranza de Séville.
Tout est pour le mieux dans le meilleur des monde, car c’était exactement le genre de travail qui m’intéressait déjà depuis plusieurs années. J’ai toujours aimé accompagner, déchiffrer, préparer des oeuvres pour le lendemain… En plus, avec ce travail j’aurai accès au répertoire de l’opéra et de la musique pour choeur, sans compter le fait de pouvoir cotoyer de près un chef d’orchestre et des chanteurs de renommée internationale.
J’ai donc du commencer dès le lendemain en accompagnement les répétitions du choeur pour la Bohème, qui sera donnée en décembre. Le chef de choeur travaillait auparavant en tant que pianiste, donc nous avons immédiatement sympathisé. Les répétitions se font le soir, car les chanteurs des choeurs sont amateurs et ne sont pas libres plus tôt, ce qui m’arrange également car ainsi je peux travailler tranquilement mon répertoire solo et à quatre mains dans la journée. L’ambiance est très agréable, nous avons une caféteria à l’intérieur de l’opéra dans la partie des coulisses et salles de répétitions qui propose des boissons et sandwischs 24h/24, ce qui est plutot pratique pour diner quand on doit travailler de 20h30 à 23h30! Tout le monde s’y réunit, les musiciens d’orchestres pendant la pause, les figurants en costume qui viennent s’acheter une bouteille d’eau, la femme de ménage qui se plaint de ses horaires de travail inhabituelles … Pour le moment, je ne connais pas encore grand monde à part les membres du choeurs. Les répétitions se font normalement séparement (les hommes un jour, les femmes le lendemain), puis quand tout le monde connait son texte par coeur, il y a une ou deux répetitions mixtes suivie de la répétition avec les chanteurs et le chef d’orchestre.
Cette semaine, je vais aussi commencer à faire répéter les chanteurs sous la baguette de Pedro Halfftner. Je connaitrai la Bohème par coeur pour aller la voir en décembre! Nous avons également commencé à préparer les Carmina Burana et l’Atlantide de De Falla (une oeuvre qui m’était d’ailleurs inconnue).
Bref, beaucoup d’heures de déchiffrage et d’accompagnement en perspective… et après, des places gratuites à l’opéra! ;)

http://www.teatromaestranza.com/

Le pianiste ou le voyageur solitaire

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Quelques réflexions sur la vie de pianiste…

Je suis actuellement à Cologne où je suis venue pour quelques cours avec Pavel Gililov, mon professeur à Salzbourg qui enseigne parallèlement dans ces deux villes.

C’est une belle métropole, sûrement riche en activités des plus énivrantes:  parcs, monuments, musées à foison, des Brauhaus (bars à bière), restaurants et clubs  à chaque coin de rue… il n’y vraiment pas de quoi s’ennuyer. Mais je suis dans ma chambre, avec Internet, qui durant les premières heures de mon séjour ne fonctionnait pas, ce qui a bien failli me faire commettre un geste fatal !

Si je ne connais personne dans cette ville, comment pourrais je bien profiter correctement de la vie nocturne d’un samedi soir?

Je ne suis pas ici pour le tourisme mais pour recevoir des cours, donc il est logique que pendant la journée j’accomplisse les heures indispensables devant l’autre clavier : j e ne peux donc pas aller flaner au musée, à la cathédrale ou dans les 12 églises romanes qu’offre cette ville, mon activité ne me le permet pas. Par contre le soir serait un bon moment pour se détendre, pour sortir… toute seule ?  Mon seul compagnon de voyage est ce bon vieux Frédéric ( Chopin ) ! Heureusement qu’il est là dès que j’ai besoin de conversation spirituelle…
Cette petite experience m’a fait penser à une remarque qu’avait fait il y a de nombreuses années François-René Duchable au tout début d’une master-classe, en accueillant les élèves: « Vous voulez tous être pianistes concertistes? Laissez tomber, c’est déprimant ».
Mais c’est la triste réalité quand on y songe: non seulement il faut s’exercer tout seul devant son piano 6 à 8 heures par jour, mais une tournée de concerts, cela signifie un avion tout les deux jours, le même concerto ou les mêmes oeuvres à répéter 10 ou 20 fois, et satisfait ou non du concert, on le célèbre de toutes manières tout seul dans sa chambre d’hôtel.
Et quand je pense au nombre de jeunes pianistes qui rêvent de cette vie! Bien sur, jouer le 2ème concerto de Brahms avec la Philarmonie de Berlin doit être une experience intense et somptueuse, mais c’est le résultat d’un sacrifice bien plus difficile que les heures d’études.

Si la vie sociale est compliquée, alors je ne parle pas de la vie de famille…

Ces pauvres ermites que sont les pianites doivent donc trouver un réconfort à leur manière, et j’imagine que l’inspiration leur vient de ces sentiments si bien représentés par nos chers compositeurs: la fatalité de Beethoven, le « Wanderer » solitaire de Schubert, la schizophrénie de Schumann, la nostalgie et le mal du pays de Chopin, la fierté de Liszt (sentiment fort répandu chez les pianistes), la mélancolie de Brahms, et je ne parle pas de nos chers russes Rachmaninoff et Scriabine et Tchaikovsky dont l’âme slave est par définition pathétique.

Sans doute  la condition de pianiste concertiste n’ existe-t-elle   que pour que quelqu’un au monde arrive à tous mieux les comprendre…